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Radio : quand les étudiants s'emparent de la FM

Publié par
Martin Rhodes
, le

Partout en France, de nombreuses universités et grandes écoles disposent d'une radio associative. Aux manettes et au micro, ils sont quelques milliers d'étudiants bénévoles à animer ces structures et à faire entendre leur voix sur les ondes.

"Antenne dans vingt secondes les amis", annonce Tiffany, la technicienne. Victor, l'animateur, relit à voix haute son éditorial sur les attentats de Bruxelles. À côté de lui, Julie, une étudiante bénévole, et Sandra Meteyer, l'invitée du jour (chargée de mission dans une ONG), ne disent pas un mot. L'horloge numérique affiche 18h59. Victor repose sa feuille et ajuste son micro flanqué du logo Radio Campus Paris. Devant lui, sur la table, une petite lumière rouge s'allume. Il respire un grand coup : c'est parti pour une heure de Matinale, l'émission phare de l'association.

Des radios affranchies des contraintes économiques

Radio Campus France fédère 28 radios installées dans les locaux des universités ou du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous). Le réseau fête ses 20 ans cette année. Vingt-deux des 28 associations radiophoniques sont diffusées sur la FM. Les autres émettent exclusivement sur Internet. De mai à septembre, les différentes structures recrutent des reporters, des animateurs, des chroniqueurs, des trésoriers, des rédacteurs, des techniciens, des informaticiens, des chargés de communication ou d'événementiel. Environ 3.000 étudiants ou jeunes diplômés consacrent chaque année un peu de leur temps à Radio Campus France. Certains sont très impliqués. C'est notamment le cas des présidents, des trésoriers et des animateurs. D'autres se rendent plus ou moins régulièrement à la rédaction pour proposer des reportages ou tout simplement pour discuter. "Paris et Dijon sont chaque jour écoutées par 5.000 à 10.000 auditeurs [principalement des étudiants, ndlr], soit l'équivalent d'un Zénith, commente Nicolas Horber, directeur général de Radio Campus France, avant de poursuivre : Contrairement aux structures privées, les radios associatives, qui sont nées dans les années 80, ne sont pas obligées de faire des audiences importantes pour plaire aux annonceurs. Elles sont en dehors des contraintes économiques, et donc libres comme l'air."

La parole aux artistes indépendants ou peu diffusés

Radio Campus Paris (RCP) comptabilise à elle seule une soixantaine d'émissions. Les formats sont variés, et tous les sujets sont évoqués : science, politique, musique, actualité, culture, jeux vidéo, sexe, etc. On y parle de tout très librement. La part belle est donnée à la musique, aux artistes locaux, indépendants, peu connus ou peu diffusés sur les ondes. Une particularité fortement inscrite dans les gènes des radios étudiantes.

Des dizaines – peut-être même une centaine – d'associations étudiantes ne font pas partie du réseau Radio Campus France. La Confédération des radios des grandes écoles (CRGE) recense à elle seule une cinquantaine de structures composées de 5 à vingt bénévoles, principalement dans les écoles de commerce et d'ingénieurs. Citons notamment Micro ondes (Grenoble École de management), L'Havrai radio (EM Normandie) ou encore Radio trente Troyes tours (ESC Troyes).

Les contenus sont majoritairement diffusés sur les campus et les sites Internet. On trouve un peu de tout. Certaines associations se cantonnent à la vie de leur campus quand d'autres couvrent les grands événements nationaux, comme le Salon de l'automobile de Paris ou le Festival de Cannes. Radioactiv joue les conseillers d'orientation avec Made in EM Lyon, une chronique qui part à la rencontre des anciens étudiants de l'école. Un bon moyen pour découvrir les secteurs et les métiers. Politiquement incoRERRt est une émission de débat diffusée en direct audio et vidéo sur le site Internet de Recc, la radio de l'université Paris-Est Marne-la-Vallée. Dauphine on air (université Paris-Dauphine) produit Le coin fumeur, cinq minutes d'anecdotes et de blagues trash enregistrées en soirée. Au-dessous de la ceinture mais délicieusement impertinent. Des contenus parfois enregistrés avec le minimum syndical, c'est-à-dire quelques micros et une table de mixage.

Un paysage très changeant

Des diffusions hebdomadaires qui deviennent mensuelles voire ponctuelles, des sites Internet qui "buggent", des podcasts inaudibles, des bénévoles trop peu nombreux qui finissent par se démotiver : un certain nombre d'associations sont moribondes. "La passation entre les équipes ne se fait par toujours comme il le faudrait, et les radios repartent parfois de zéro", soupire Stevy Akeli, l'actuel président de la CRGE. Chaque année, le réseau relance une dizaine d'associations qui ne produisent plus rien.

Si des radios s'éclipsent ; d'autres voient le jour. PFM a ouvert ses micros le 3 février 2016. Les émissions sont enregistrées depuis l'université de Limoges. La Radio étudiante de Belfort-Montbéliard (REBM) émet quant à elle depuis le 22 mars dernier. "Je me libère d'un poids !" confesse Enzo Baquet, 23 ans, le président de la toute nouvelle webradio. Étudiant en master 2 à l'Institut universitaire de technologie de Belfort-Montbéliard (IUTBM), il fait une année de césure pour lancer la webradio. Avec l'un de ses camarades de classe, ils ont tout fait eux-mêmes : monter la structure associative, obtenir des subventions, trouver des partenaires, faire une demande de diffusion auprès de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), dénicher un local. "Pour le moment, le studio est installé dans une chambre prêtée par le Crous, s'amuse Enzo avant de préciser : C'est une belle aventure qui commence." Peut-être a-t-il en tête ce projet de fin d'études de trois étudiants en information et communication à l'université de Nantes qui est devenu Prun', l'une des radios étudiantes les plus écoutées de France avec près de 9.000 auditeurs par jour.

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