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“On me traite d’intello” : 6 parades pour ne plus mal le vivre

Publié par
Maria Poblete
, le
“On me traite d’intello” : 6 parades pour ne plus mal le vivre

" Rat de bibliotheque", "fayot" Vous aimez apprendre, vous avez les go uts differents de vos camarades, et vous etes donc la cible des moqueries ? Voici, au travers de temoignages, les conduites a experimenter pour eviter d'etre mis a l ' index.

“J’ai toujours adoré étudier. En cinquième, je lisais des ouvrages décalés pour mon âge, comme ceux d’Henri Troyat. J’écoutais de la musique classique ou de l’opéra, à 13 ans. On me regardait comme une fille bizarre et on me traitait de rat de bibliothèque, de bêcheuse ou de fayotte parce que j’aimais échanger avec les profs… En plus, pas de bol, je porte des lunettes !”

Camille, 22 ans, étudiante en master 1 d’édition à l’université de Villetaneuse (93), garde un souvenir amer de sa vie de collégienne et de lycéenne. “ Ce fut la période la plus cruelle, témoigne-t-elle. Pour m’en sortir, je prêtais mes devoirs, je n’en suis pas super fière… Et puis la classe prépa a été une révélation : j’ai compris que cette violence envers moi était la riposte de gens mal dans leur peau et en difficulté scolaire.”

À chacun son étiquette

Le besoin de savoir qui est qui, et qui entre dans quelle case, est un processus naturel, que les scientifiques appellent la “catégorisation sociale”. “Pour se constituer, il faut forcément le faire vis-à-vis de quelque chose ou de ce qu’on n’a pas envie d’être, décrit Thomas Arciszewski, docteur en psychologie sociale au centre PsyClé de l’université Aix-Marseille (13). À l’adolescence, comme on est un peu fragile, on a tendance à catégoriser les autres avec des comportements qui peuvent s’avérer extrêmes et qui excluent ceux qui sont différents.”

Le jeune qui écoute du rap est étiqueté dans une “case”, comme le sportif, le punk ou l’intello ! Bref, c’est blanc ou noir, jamais gris. “Dans notre société, ce phénomène est automatique : nous sommes jugés sur notre attitude, nos vêtements, notre travail ”, poursuit le chercheur. Ces jugements provoquent des comparaisons : on est “in” ou “out” ! Malheur aux originaux…

Parade #1 : connaître les codes sociaux

Observer, noter, apprendre les règles sociales est le lot de tous les êtres sociaux que nous sommes. Violette, 16 ans, élève en terminale L, option arts plastiques au lycée Claude-Monet à Paris, a appris à ajuster son attitude. “Pendant longtemps, je suis passée pour l’intello de service, l’originale passionnée par la mythologie, l’impressionnisme et la littérature américaine, explique la jeune fille. En arrivant au lycée, j ’ ai compris que, pour survivre dans cette jungle, il me fallait les codes. J’ai donc regardé, noté, écouté puis copié certains éléments de base tels les groupes de musique à la mode ou les séries télé. Cela m’a permis assez vite de ne pas être larguée dans les conversations. C’était suffisant pour ne plus être traitée de ‘nana étrange’. Et puis, franchement, j’ai découvert un autre monde, une culture différente de la mienne.”

Marie, 17 ans, en prépa MPSI (mathématiques, physique, sciences de l’ingénieur) au lycée Sainte-Geneviève à Versailles (78), a procédé de la même manière : “J’estime qu’en société il faut faire des efforts pour plaire et ne pas être exclue. J ’ ai un peu quitté mes bouquins pour aller au cinéma, avec deux ou trois copines, par exemple.”

Pour Fanny Nusbaum, psychologue, directrice du centre de psychologie et développement de potentiel à Lyon (www.centre-psyrene.fr) : “ L ’ effort d ’ adaptation est un signe de bonne santé, cela veut dire que le jeune qui souffre accepte de prendre connaissance des règles pour donner moins de prise aux moqueries.”

Parade #2 : faire des efforts d’adaptation

Cette adaptation sociale, Miriam, 15 ans, en seconde au lycée Henri-IV à Paris, l’a expérimentée dès la classe de troisième. “J’avais tellement souffert d’être traitée d’intello et de fayotte qu’en fin de quatrième je me suis dit : ‘Stop !’, se souvient la jeune fille. J ’ ai négocié une certaine ‘paix sociale’, je me forçais à rire un peu en cours, à dire quelques gros mots ou même à me moquer gentiment des professeurs… alors que je les appréciais ! Ce n’est pas admis de dire : ‘Ah ce prof, je l’adore !!!’”

L’apparence compte aussi beaucoup. “Si tu portes des habits d’enfant de 10 ans, ça n’ira pas, assure Marie. C ’ est peut-être débile, mais j ’ ai essayé de me fondre dans le moule, pour ne pas passer totalement pour une extraterrestre. Le look a son importance, surtout pour aller vers les autres.”

“En plus des habits, il faut veiller à l ’ attitude et à la façon de se tenir, précise Miriam. Être détendue, ne pas devenir un pot de colle, avoir la bonne distance et être naturelle, si on arrive à ça, c’est super !”

“Et là, tu parles aux autres et ils réalisent, enfin, que tu es sympa, que tu es autre chose que la meilleure élève de la classe !”, conclut Marie.

Parade #3 : rompre son isolement

“Les adolescents veulent se simplifier le réel en mettant des gens dans des boîtes, et en déterminant avec qui ils n ’ auront pas honte d ’ être, souligne Thomas Arciszewski. Les brebis galeuses seront donc rejetées, parfois avec violence.”

C’est d’abord aux autorités éducatives (direction du lycée, conseiller principal d’éducation, surveillants, enseignants) de mettre en place des stratégies pour être à l’écoute de ces mouvements de rejet. Et si les adultes ne sont pas au top ? “Il ne faut pas s ’ enfermer dans sa bulle, parce qu ’ on ne peut pas vivre sans se confier” , assure Emma, 15 ans, en seconde au lycée Henri-IV de Paris.

Alexandre, 17 ans, en terminale S au lycée Fénelon de Clermont-Ferrand (63), qui en a eu longtemps “ras les antennes de passer pour un mec bizarre”, conseille “de ne jamais rester seul et de chercher des gens comme soi, mis à l’écart. On peut se retrouver plusieurs “ bizarres ” ensemble : casser une brindille, c’est facile, il est plus difficile de briser tout un fagot. Et puis, poursuit-il, j’ai toujours été proche de ma grand-mère, elle est devenue ma confidente. Elle m’a épaulé et poussé à aller de l’avant. Dans les moments où les brimades pèsent et qu’on est plus instable psychologiquement, le réconfort est hyper important.”

Parade #4 : avoir des activités périscolaires

Parfois, c’est la pratique d’une activité en dehors du cadre scolaire qui peut permettre de rompre le cercle de l’isolement. Victorien, 19 ans, en L 1 (licence première année) mathématiques, physique, informatique, à l’université Paris-Sud-Orsay (91), à dépasser ses problèmes en jouant de la musique et en pratiquant un art martial : “Je suis claviériste, organiste, pianiste depuis dix ans, la musique me permet d’exorciser ce qui me fait souffrir. Les choses qu’on n’arrive pas à dire, ce sont les notes qui l’expriment pour nous ! La musique m’a aussi permis de faire des rencontres fantastiques, et l’aïkido, un art martial sans compétition, m’a aidé à gérer mes émotions et à parvenir à un meilleur contrôle.”

Violette, elle, s’est passionnée pour le saut d’obstacles. “ J ’ ai rencontré des personnes qui ne me connaissaient pas sous l ’ étiquette d ’ excellente élève, et je pouvais réussir, dans un autre domaine, mais sans que ce soit péjoratif. En plus, je me détendais et je prenais du recul sur mes petits ennuis.”

Parade #5 : assumer ses goûts

Du recul, Nina, 23 ans, étudiante en dernière année à HEC, en a pris sacrément. “J’ai passé des années à me protéger des attaques, je me sentais rejetée, je n’étais pas la fille que les garçons regardaient ! Puis j ’ ai appris à m ’ accepter : une intellectuelle ! Ce serait bien que les lycéens comprennent que ce n’est pas négatif. Au contraire ! Il faut prendre de la distance et s ’ intéresser à ce qu ’ on aime : si on préfère regarder un bon film, il ne faut pas en avoir honte ! Il faut assumer de n’avoir pas les mêmes goûts que la majorité. C’est sûr, quand on est la risée de la classe à 14 ans, ça forge notre identité, c’est difficile, mais la roue tourne. On s’en sort quand on est un bon élève. Et puis, ne pas être comme tout le monde, ce n’est pas un mal. Quand on ne ressemble pas à tout le monde, au final, c’est nous que l’on regarde !”

Parade #6 : l’humour, une arme imparable

Mais, en attendant d’arborer l’assurance de Nina, vous pouvez adopter la parade de Camille et de Victorien : l’humour ! “L’humour, c ’ est une arme imparable contre toute forme de rejet et de brimade, une arme qu’il faut parfaire le plus tôt possible”, affirme ce dernier.

L’autodérision, c’est ce qui a sauvé Camille, étudiante en master édition : “J’ai découvert que les mots pouvaient être blessants, alors j e les ai retournés, mais de façon plus fine … en m ’ appropriant la critique. C’est une manière de déstabiliser l’autre, et, pour nous, c’est une manière d’en rire et… de ne plus en pleurer.”

* Trois attitudes à éviter*

Faire le dos rond. Les remarques désobligeantes, voire les attaques verbales peuvent blesser encore plus lorsqu’on ne fait rien pour changer la situation.

S’isoler. La solitude n’est pas bonne conseillère ni bonne compagne à votre âge. On a besoin de ses pairs pour se construire, grandir, vivre !

Mépriser les autres. Ce sentiment de toute-puissance n’est pas très sain : non, même si vous êtes très doué et intelligent, vous n’êtes pas le maître du monde !

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