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Psycho - Sexo Santé

Burn-out : réagissez avant d'imploser !

Publié par
Isabelle Maradan
, le
Burn-out : réagissez avant d'imploser !

Insomnies, pensées négatives, angoisses… les étudiants aussi peuvent être victimes de burn-out. Soyez attentif aux signes d’épuisement et prenez les choses en main avant d’y perdre bien plus que quelques points aux prochains examens.

"Le burn-out, c'est un épuisement. Le stress induit une libération d'hormones et il arrive un moment où l'on n'en produit plus", simplifie Philippe Rodet, médecin urgentiste pendant plus de vingt ans, qui anime un cabinet de conseil, Bien-être et Entreprise. Selon lui, c'est parce que le stress commence plus tôt dans la vie que le burn-out, qui intervenait auparavant vers l'âge de 40 ans, s'observe également plus tôt. "Dès la 6e, on dit aux élèves qu'ils doivent aller dans tel lycée, puis dans telle prépa. On leur laisse penser qu'au moindre faux pas ils sont foutus, alors que la réussite est le chemin d'une vie", déplore-t-il.

Des changements qui doivent alerter

Comment savoir si vous êtes sur le point de perdre pied ? Qu'est-ce qui doit vous laisser penser que votre pote est peut-être proche du burn-out ? Les symptômes sont "des changements marqués qui peuvent toucher quantité de domaines" , note Patrice Huerre, psychiatre et psychanalyste, qui supervise une dizaine d'unités spécialisées pour les adolescents. Sommeil et appétit modifiés, douleurs au dos, au ventre, à la tête, angoisses, sentiment de ne pas y arriver, doivent vous alerter. "Un seul de ces symptômes est un clignotant. Plus il y en a, plus il convient de s'inquiéter", prévient le psychiatre. Qui sont les bons interlocuteurs ? "Les services de médecine préventive universitaire, les médecins et psychologues des établissements, le BAPU (bureau d'aide psychologique universitaire)", liste Patrice Huerre.

"Nous sommes inquiets pour toi"

Pour l'entourage, "il s'agit de porter assistance à une personne que l'on suppose en danger, insiste le psychiatre. En prenant garde de dire 'je suis inquiet' et pas 'tu es inquiétant'." C'est ce qu'ont fait les parents de Raphaëlle*, 27 ans aujourd'hui. Lorsqu'elle était en première année de médecine, ils lui ont lancé : "Nous sommes inquiets pour toi, nous voudrions que tu ailles voir quelqu'un." Ce qui les a alertés ? "Dans les rares moments où elle ne travaillait pas, ma fille passait son temps à dire qu'elle était en retard sur son planning et qu'elle n'y arriverait jamais. Elle s'est mise à fumer énormément, a demandé à prendre ses repas seule dans sa chambre pour travailler plus, et a commencé à très mal dormir la nuit", raconte sa mère. Tout en niant qu'elle allait mal, Raphaëlle a accepté de consulter une psychologue pour rassurer ses parents. Prise en charge à temps, elle a pu "échouer au concours sans (s)'effondrer et redéfinir (son) projet de vie". La jeune femme enseigne aujourd'hui les mathématiques.

Les élèves studieux sont les plus exposés

Le risque de craquer est-il plus grand dans les filières très compétitives, comme la PACES ou les classes préparatoires aux grandes écoles ? Avec le recul, Raphaëlle estime ne pas avoir supporté le "climat de concurrence immonde, où l'on rêve d'éliminer les autres". Elle reconnaît aussi qu'elle n'avait "jamais connu l'échec" et avoue avoir alors "perdu les pédales à force de bosser sans (se) sentir à la hauteur". "Quand on n'a jamais eu de difficultés, on peut exploser en vol au moindre échec", atteste l'ancien médecin. "Le burn-out ne touche que les gens hypersérieux, qui ne veulent pas décevoir", résume Philippe Rodet, qui se désole de constater que, "en France, on crée toutes les conditions pour que les étudiants anxieux, ne résistant pas au stress, échouent".

Engagez-vous !

Le dirigeant de Bien être et Entreprise se consacre désormais entièrement au stress, ou plutôt à le combattre. L'ancien urgentiste "sauve des vies en faisant de la prévention". Ses trucs pour éviter le burn-out ? "Améliorer la capacité à faire face aux événements stressants". Concrètement ? "Avoir un but dans la vie est très protecteur, assure-t-il. Et réfléchir au sens que l'on veut donner à sa vie permet de sortir de la pression du court terme." Quant au meilleur traitement du stress, c'est "l'engagement dans une cause d'intérêt général", assure l'ex-médecin passé un temps par l'humanitaire. "Cet altruisme égoïste, qui permet de se sentir acteur d'un grand changement, fait beaucoup de bien !"

La lecture, un très bon antistress

Plus simplement, Philippe Rodet préconise de noter chaque soir ce qui s'est bien et mal passé dans la journée, puis de se concentrer sur trois points positifs pour s'endormir là-dessus. Il conseille également de noter ses petits succès. "Cela permet de ne pas voir que l'échec, de renforcer le sentiment d'efficacité personnelle, d'augmenter la persévérance et la confiance en soi", assure-t-il. Autre petit rituel quotidien pour diminuer les effets du stress avant de dormir : lire un peu. "En six-huit minutes de lecture, vous faites baisser votre niveau de stress de plus de 60 %", assure Philippe Rodet. Le genre de petits riens qui pourraient bien changer votre existence !

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée.

*Les signes qui doivent vous alerter * - Un sommeil modifié : du mal à s'endormir, à se lever, ou, au contraire, des réveils à l'aube. Un réveil régulier en pleine nuit, toujours à la même heure. - Un changement d'appétit : manger peu ou plus que d'habitude. - Des douleurs physiques : les maux de dos, les maux de tête systématiques quand on se détend, les douleurs au ventre, sont aussi des clignotants. - Des signes psychologiques : agressivité, angoisses, découragement, mauvaise image de soi, sentiment qu'on n'y arrivera jamais, qu'on ne vaut pas grand chose, qu'on s'est trompé dans sa vie et qu'on n'a pas choisi la bonne filière. - Des modifications dans les habitudes sociales : isolement, arrêt des sorties ou sorties fréquentes, avec prises d'alcool, absentéisme en cours, laisser-aller soudain dans son apparence physique, dans la manière de s'habiller, absence des réseaux sociaux fréquentés habituellement...

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